La Franc-Maçonnerie

     Le Maréchal Pétain considérant la Franc-Maçonnerie comme un état dans l’Etat, une organisation internationale en lien avec les loges allemandes, avait ordonné la fermeture de toutes les loges de France, et le classement de leurs archives par une équipe de la Bibliothèque Nationale. Pendant près de trois ans des lois contre le secret maçonnique furent appliquées, l'identité de certains dignitaires maçons - inscrite dans leurs annuaires - révélée par le Journal Officiel, et certaines de leurs archives rendues  publiques par la revue " Documents Maçonniques ". En 1942, Pierre Laval lui-même franc-maçon, revenu au pouvoir comme premier ministre, restreignait Bernard Faÿ dans sa responsabilité au sein du service des sociétés secrètes, lequel d'ailleurs ne représentait qu'une activité secondaire dans l'administration de cette grosse maison qu'est la Bibliothèque Nationale et laissa les loges se reconstituer. Bernard Faÿ devint leur bouc-émissaire. Il reçut des menaces de mort, l'une signée " le sacrificateur rituel : Vous avez voulu anéantir la Franc-Maçonnerie en la dévoilant à la curiosité sacrilège des profanes, vos jours sont comptés! ".

     Le jour de la Libération des policiers font irruption dans son bureau de la rue de Richelieu, sans mandat administratif pour le mettre en prison. A Fresnes, à la Santé, puis à Drancy(cf :*extrait du journal de Sacha Guitry) il subit les interrogatoires d’un inspecteur de police, M. Le Poittevin, dont les insinuations sur sa prétendue collaboration avec la Gestapo, son prétendu rôle dans la déportation de francs-maçons - bien qu'il n'y ait pas eu de déportations pour motif de franc-maçonnerie - et son prétendu antisémitisme, visent à le faire condamner à mort. Il répond point par point, mais son sort est scellé d‘avance. Lors du procès des sociétés secrètes devant les tribunaux d’exception, en décembre 1946, son avocat Maître Chresteil tentera en vain de présenter de nombreux témoignages en sa faveur, et de démontrer que les accusations relèvent de la vengeance passionnelle sans s’appuyer sur des faits concrets. Dans l’atmosphère de règlements de comptes de la Libération, une foule assiste au procès, militants communistes, journalistes à scandale, résistants de la dernière heure. Bernard Faÿ échappe de justesse à la peine de mort, mais est condamné aux travaux forcés à perpétuité, à la confiscation de tous ses biens et à « l’indignité nationale », qualificatif infâmant, récemment créé par le Général De Gaulle. Ces tribunaux d'exception disparaissent rapidement, sans laisser la possibilité de faire appel.

                                                                                                                Ci-joint

* Extrait du Journal 1944 de Sacha Guitry à Drancy

                                                                                                                                                                                                                                                                                      

      Bernard Faÿ est incarcéré pour travaux forcés à perpétuité au bagne de Saint Martin de Ré, puis au pénitencier de Fontevraud. Plusieurs recours en grâce sont bloqués bien que le président Vincent Auriol et son entourage soient favorables à sa libération. Au bout de sept ans de prison, désespérant de recouvrer sa liberté par la voie légale et même de sauver sa vie car il est gravement malade, poliomyélitique, il a en prison contracté la maladie du bronze. Ses reins sont atteints gravement, et c'est à la faveur d’un séjour de soins à l’hôpital d’Angers qu'il réussit à s’évader. Il se réfugie en Suisse, à Fribourg, en espérant  la « grâce médicale » du président Coty (signée du Garde des Sceaux d’alors François Mitterrand ), ainsi que la restitution de ce qui reste de ses biens - dont beaucoup ont été vendus par l'administration des Domaines - et l’annulation de « l’indignité nationale ».

De retour chez lui en 1957, il poursuit son travail d’historien.

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