opinions et actes 10

Il en résulta chez les Allemands un mécontentement qui ne tarda pas à se manifester. Coup sur coup trois services furent créés pour nous espionner et nous faire pièce. M. Coston, installé à la Grande Loge avec une équipe qui devait étudier la portée politique de ces documents. A la Société Théosophique boulevard Rapp M. Moerschel et son équipe, chargés par les Allemands de procéder à des perquisitions chez les maçons, puis de classer ces pièces (ils étaient censés nous les remettre ensuite, mais ne le firent pas par ordre des Allemands). Enfin la Commission Judéo-Maçonnique, présidée par M. Gueydan de Roussel et installée au Grand Orient même, malgré nos protestations.

 

J’avais chargé M. Philippe Poirson, un patriote authentique et spécialiste de l’Histoire Contemporaine, de diriger l’équipe de la Bibliothèque Nationale rue Cadet. Malgré son zèle et sa compétence, il fut de la part des Allemands l’objet de persécutions constantes. Ils lui reprochaient, comme à moi-même, de leur dissimuler des documents, ce qu’à vrai dire nous nous efforcions de faire. Aussi mon domicile privé à la campagne fut-il perquisitionné en octobre 1941, et M. Poirson fut-il incarcéré trois mois à Fresnes en 1942-43. Je réussis à le tirer de prison, mais les Allemands le reprirent au printemps 1944 et l’emmenèrent en Allemagne en août, malgré toutes mes protestations. Il y est encore à l’heure actuelle.

 

Je fus moi-même chassé du Grand-Orient en mai-juin 1942. A cette date M. Laval, revenu au pouvoir, voulut, pour complaire à l’Ambassade d’Allemagne, arrêter mon activité. Il créa un « Service des Sociétés Secrètes » dirigé par le Conseiller Sens-Olive, avec M. le Colonel de Verchère comme adjoint, et M. J. de Boistel comme délégué à Paris. Ce service nous reprit les archives maçonniques, dont nous n’eûmes plus que la nue-propriété théorique et l’entretien technique. Ce service centralisa toutes les affaires maçonniques. Il eut un budget autonome et fut rattaché au Ministère de la Justice. Il prit la responsabilité des locaux du Grand Orient. Je cessai même d’y avoir un bureau, bien que gardant un droit d’inspection technique sur les archives et bibliothèques où travaillait encore une équipe de fonctionnaires et auxiliaires de la Bibliothèque Nationale.

 

En-dehors de ce lien de plus en plus ténu avec le Service des Sociétés Secrètes je restai, sur l’ordre du Maréchal Pétain, Directeur de la revue « Les Documents Maçonniques ».

 

Cette revue, fondée en 1941 par le Cabinet du Maréchal et sous le patronage de celui-ci, qui donna une déclaration pour le premier numéro, était un organe du Gouvernement. Entièrement payée par le Cabinet du Maréchal, elle fut imprimée à Paris. La rédaction en fut suivie de près par le Cabinet du Maréchal et mon rôle de Directeur